Exposition thématique du SIHH 2004
Porter l’heure sur soi est un art. Evolutif, riche de significations, il constitue depuis toujours un véritable langage de communication codé.
La montre est un objet fonctionnel particulier dont la vocation utilitaire - indiquer l’heure - a progressivement permis de structurer la vie en société.
En parallèle, la montre nous conte une autre histoire, apparemment en contradiction avec la première : sa transformation progressive d’austère instrument de mesure en bel objet, souvent précieux et dont l’aspect ornemental prévaut aujourd’hui nettement sur le fonctionnel.
Entre le XVe siècle et la révolution industrielle, avoir l’heure sur soi est un privilège dont les puissants se servent pour manifester leur force, leur culture et leur ouverture d’esprit face aux sciences et au progrès.
Condamnée à être visible, la montre, dès sa création, emprunte tout naturellement sa beauté et son élégance au bijou et se porte comme tel, sur la poitrine ou à la ceinture, deux emplacements qui la mettent en valeur. Conçue pour être suspendue, elle est assortie de tous les accessoires nécessaires : colliers, sautoirs, pendentifs, châtelaines et enfin chaînes de gilet.
La révolution industrielle bouleverse les modes de vie et oblige à adapter le costume à la modernité et au pragmatisme. De fait, les montres quittent progressivement la poche ou le corsage pour épouser le galbe du poignet. Mais, de poche ou bracelet, la montre fabriquée industriellement perd son statut d’objet rare et, sauf exception, celui de parure.
Dès l’aube des années 1980, par réaction, montres et bijoux sont conçus pour tous les moments de la journée et pour toutes les circonstances, à porter comme des codes de personnalité plutôt que comme de simples ornements. La nature même de la montre bijou, apte à refléter la personnalité de son propriétaire, s’étend à la montre masculine dans laquelle la perfection et l’élégance des mouvements mécaniques deviennent valeur ornementale. Aussi l’art horloger est-il repensé comme s’il s’agissait de la genèse de son futur. Les maîtres horlogers présentent la montre bracelet dans des formes classiques fondamentalement renouvelées. Les plus grands joailliers apportent tout leur talent aux montres bagues et certains réinventent les montres en sautoirs et les châtelaines. Certains caressent même le rêve d’insuffler à la montre de poche une nouvelle modernité. Situations autant paradoxales qu’évidentes : aujourd’hui alors que le temps à la fois omniprésent et ultra précis rend l’usage de la montre particulièrement superflu, la création de la Haute Horlogerie a permis une avancée jusqu’alors inégalée : donner au temps sa beauté. Par ce biais, la belle montre est redevenue un privilège, la porter un art.
Les organisateurs du Salon International de la Haute Horlogerie, après avoir honoré depuis 1995 l’esprit et les réalisations des Maîtres horlogers, ont de nouveau sollicité Dominique Fléchon afin qu’il mette en scène l’Art de porter la montre au cours des âges sous le titre « La montre sur soi ». Les œuvres choisies et présentées, issues tant des maisons horlogères exposantes au Salon que des principaux musées publics suisses d’horlogerie, démontrent que le port de la montre est indissociable de l’évolution des modes de vie et du vêtement, eux-mêmes largement tributaires du progrès au sens le plus large.
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