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Le nouveau contexte de compétitivité en 2015, et au-delà

Stéphane Garelli

Stéphane Garelli est considéré comme une autorité mondiale en matière de compétitivité, sujet de son enseignement à l’IMD et à l’université de Lausanne. Pionnier dans ce nouveau domaine économique, il a créé à cet effet le Centre pour la compétitivité mondiale. Anciennement directeur du World Economic Forum, qui tient son sommet annuel à Davos, Stéphane Garelli a également conseillé la direction de plusieurs grands groupes internationaux et présidé la Holding financière de la Fondation Famille Sandoz. Membre de plusieurs institutions au niveau mondial, il est actuellement président du journal Le Temps, après avoir aussi été élu à l’Assemblée constituante du canton de Vaud.


La globalisation n’est pas la panacée

Depuis 2008, année de la crise des subprimes, les économies avancées ne connaissent plus qu’une croissance molle. Pour Stéphane Garelli, professeur de compétitivité mondiale à l’IMD, Lausanne, il s’agit là d’une conséquence de la globalisation. Explications.

La crise des subprimes, qui a fait planer la menace d’un marasme équivalent à la Grande Dépression, a laissé son lot de stigmates dans l’économie mondiale. Pour preuve, quelque six ans plus tard, le schéma de l’évolution conjoncturelle au sein des économies dites « avancées » s’en est trouvé profondément modifié. Avant 2008, celle-ci se caractérisait essentiellement par une robuste croissance entrecoupée de phases de récession. Plus rien de tel aujourd’hui : la croissance est devenue molle, seulement animée par de courtes périodes d’essor un peu plus vif. Pour Stéphane Garelli, professeur de compétitivité mondiale à l’IMD, les causes de cette inversion de tendance sont toutefois plus profondes, intimement liées à la globalisation.

Une croissance molle

« Entre 1980 et 2010, les États-Unis, l’Europe et le Japon ont investi massivement dans les économiques émergentes, soit quelque 3 000 milliards de dollars, et pour quelles conséquences ? s’interrogeait Stéphane Garelli lors du 6e Forum de la Haute Horlogerie. Pour une vaste campagne de désindustrialisation dans les pays développés à quoi répond une formidable marche en avant des exportations en provenance des nouveaux tigres, synonyme de réserves de change sans précédent. » Certes, la mondialisation n’a pas engendré que des perdants au sein des nations industrialisées, bien au contraire. Les entreprises devenues véritablement globales ont en effet largement tiré leur épingle du jeu, pour être aujourd’hui assises sur des montages de liquidités à l’image d’Apple, Microsoft ou Google. Des trésors de guerre qui profitent certainement aux plans d’acquisition de ces ogres voraces jamais rassasiés et à leurs actionnaires, éventuellement aux collaborateurs, mais certainement pas aux États dans la mesure où l’évasion fiscale est devenue un sport international qui commande aujourd’hui une nouvelle génération d’arbitres.

Mais si les entreprises ne participent que peu à l’effort gouvernemental de soutien à la croissance, comme le démontrent encore une fois les récentes « tax rulings » luxembourgeoises ou le problème de surendettement de nombreux États, sont-elles pour autant des catalyseurs en termes de création d’emplois ? Au vu des taux de chômage, notamment auprès des jeunes, force est de constater que, de ce côté-là également, l’embellie reste pour l’instant un vœu pieux. Ce qui n’est certes pas le cas des pays émergents où les champions locaux sont en passe de devenir les compagnies mondialisées de demain, tous secteurs confondus. Un seul chiffre : à l’heure actuelle, on dénombre un millier de compagnies issues de ces économies qui réalisent un chiffre d’affaires supérieur au milliard de dollars. Leur part au sein du fameux « Fortune 500 » est ainsi en constante augmentation.

« Nos désirs sont sans fin »

D’une manière générale, faut-il en conclure que le comportement des consommateurs, ce pilier conjoncturel, a fondamentalement changé ? Et Stéphane Garelli de mettre l’accent sur une évolution qui va de pair avec la prospérité. D’une économie du premier achat, où les ménages consomment essentiellement pour répondre à leurs besoins, les pays industrialisés sont passés à une économie de remplacement, où l’on ne parle plus de besoins à combler mais de plaisirs à satisfaire. D’où cette croissance erratique que l’on connaît depuis quelques années, due notamment à la baisse des achats dans les sociétés consuméristes. Mais comme le pointe Stéphane Garelli, citant Bernard Shaw, « l’avenir n’est peut-être pas si sombre, car si nos besoins sont limités, nos désirs sont sans fin ! ».

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