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Ralentir dans un monde qui accélère

Carl Honoré

Carl Honoré est le porte-parole de la lenteur. Il pense que notre obsession de la vitesse porte atteinte à notre santé, notre bonheur, nos relations et notre productivité. Son premier livre, Éloge de la lenteur (2004), analysait notre frénésie à vouloir se dépêcher sans cesse et détaillait cette tendance générale vers un ralentissement. Son livre le plus récent, Lenteur, mode d’emploi (2013), examine comment résoudre le problème dans chacun des cheminements de la vie, du travail et de la politique aux choix personnels, sans tomber dans la facilité de solutions superficielles à court terme.


« Moins, c’est mieux »

Éloge de la lenteur (2004) et Lenteur, mode d’emploi (2013) sont les deux livres qui ont fait connaître le journaliste Carl Honoré dans le monde entier. Son constat ? Tout va trop vite aujourd’hui.

Si, de nos jours, nous avons tous tendance à vouloir faire mille choses à la fois, quelles sont les conséquences de cette permanente course contre la montre ? Pour Carl Honoré, elle provoque des dégâts, dans notre travail, notre santé, nos relations personnelles et notre sexualité. La solution ? Ralentir ! Ralentir, oui, mais comment ? Par forcément en avançant à la vitesse de la tortue mais plutôt en visant la qualité et l’intensité plutôt que la quantité.

Comble de l’absurdité : le « speed yoga »

En excellent conférencier, Carl Honoré sait comment tenir son auditoire en haleine, parsemant son exposé d’anecdotes et d’histoires croustillantes. Pour démontrer à quel point la course à la vitesse avait des effets néfastes dans notre vie contemporaine d’Occidental, il commençait par évoquer le cas d’un couple d’amis en pleine procédure de divorce : « Après avoir passé en revue toutes les choses qui les opposaient, le mari a finalement avoué qu’une goutte d’eau avait fait déborder le vase. Un jour, il s’est aperçu que son épouse consultait ses messages sur son téléphone portable alors qu’ils étaient en train de faire l’amour. »

Et de poursuivre en soulignant que cette culture de la rapidité touche absolument tous les domaines. « Aujourd’hui, disait-il, tout est speed : les rencontres, les lectures, même le yoga ! À mon avis, on atteint là le comble de l’absurdité. Aux États-Unis, on organise aujourd’hui des enterrements en voiture. Pour aller plus vite, vous restez au volant en passant devant le cercueil du défunt. » Pour caricaturaux qu’ils soient, ces exemples servent de démonstration : si nous n’y prenons pas garde, notre équilibre de vie est menacé. Il faut ralentir, donc, mais comment ?

Ne nous y trompons pas : l’éloge de la lenteur n’est pas une défense de la paresse ou de la fainéantise. Aux yeux de Carl Honoré, il faut tout simplement faire moins pour faire mieux : « À Wall Street, il a fallu le suicide de plusieurs banquiers pour que les entreprises prennent des mesures et forcent leurs employés à travailler moins. Pourtant, cela fait un bout de temps que les recherches scientifiques ont démontré qu’en ralentissant l’allure on commet moins d’erreurs tout en se montrant nettement plus créatif. Le cerveau humain n’est pas fait pour gérer des dizaines d’activités simultanément. Dans les pays scandinaves, cela fait longtemps qu’on l’a compris. Les gouvernements ont pris des mesures pour mieux équilibrer vie professionnelle et vie familiale. Que je sache, ces pays ne sont pas en perdition. Ces sociétés sont tout aussi compétitives que les nôtres. »

Ralentir, une nécessité

Ralentir est donc non seulement possible mais absolument nécessaire. Comme le rappelle Carl Honoré, les meilleures idées naissent rarement dans l’urgence, mais plutôt sous la douche ou en promenade avec son chien. À l’appui de sa démonstration, il n’hésite d’ailleurs pas à convoquer quelques grands noms : « Darwin avait coutume de dire qu’il était un penseur lent. Et Einstein passait des heures à regarder par la fenêtre. Plutôt rassurant, non ? »

Certaines entreprises ont compris toute l’importance de rythmes moins stressants, donnant l’opportunité à leurs employés de se détendre dans des espaces dédiés à la sieste ou à la méditation. D’autres, comme Volkswagen, tentent de réduire l’addiction de leurs salariés aux technologies modernes Le constructeur allemand a ainsi modifié le système d’exploitation des téléphones portables de ses cadres pour les empêcher de consulter leur messagerie à tout bout de champ.

« Quand on y réfléchit, il n’y a vraiment aucun problème à éteindre son appareil quelques heures par jour. Il faut en finir avec cette illusion consistant à croire que nous pouvons maîtriser le monde parce que nous sommes connectés en permanence », argumentait Carl Honoré. En conclusion, il est revenu sur quelques pratiques intéressantes observées dans la sphère professionnelle ou la vie sociale : « Aujourd’hui, chez Amazon, quand les responsables se rencontrent, ils font silence pendant une bonne demi-heure. Ils réfléchissent dans le calme. Ils lisent les rapports qu’ils n’ont jamais eu le temps de lire auparavant. Autre exemple : à Londres, on voit maintenant des groupes de jeunes qui, dans les bistrots, pratiquent le stacking. Ils empilent leurs smartphones au milieu de la table. Le premier qui s’en saisit pour répondre à un message ou une communication paie la tournée. En un mot, moins, c’est mieux ! »

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